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La tulipe speculative
12 février 2018
Au XVIIe, les échanges avec le Nouveau Monde s'intensifient. On découvre des cultures, des épices... et des fleurs. L'horticulture devient le hobby à la mode, pendant que la botanique tâche de traiter l'afflux de nouvelles espèces exotiques. Des merveilles sont alors éditées, accompagnées de leurs gravures - ou de leur peinture pour les plus chics.

Venue quant à elle de l'Ancien Monde, la tulipe connaît un engouement exceptionnel aux Pays Bas… La demande est si forte qu’un seul bulbe est négocié à la valeur de deux maisons. En 1635 on peut même acheter une part de bulbe ! Puis la bulle explose. Mais on a eu le temps de mettre cette fleur à l’honneur dans les livres.
Comme dans les gouaches sur vélin Recueil de fleurs dessinées et peintes par Nicolas Robert, Jean Joubert, et autres artistes du XVIIe siècle.

Pour une compréhension plus nuancée de la “crise de la tulipe”.

Découvertes faites à la conférence de l'Arsenal, L'illustration dans le livre de botanique au XVIIe et XVIIIe siècle, de Luc Menapace.

Droleries
11 février 2018
Les XIIIe et XIVe siècle sont l’âge d’or de la drôlerie.
Ce type de décor se concentre dans les marges des manuscrits, souvent de type religieux, comme les livres d’heures ou les psautiers. Mais loin d’inciter à la piété, les drôleries sont des représentations insolites, satiriques, voire irrévérencieuses…

Sa fonction questionne toujours, mais s’il s’agissait tout simplement d’amuser le lecteur, au sein d’un ouvrage légèrement rébarbatif ? Ou de parodier certains topoï sociaux pour amuser, et pourquoi pas amener à en prendre conscience ?

Les saynètes sont truffées d’hybrides, de lapin agressifs, d’animaux en tenues, de chasses inversées, de trucs bizarres… Autant de fenêtres théâtrales animées avec virtuosités.

Pour le plaisir, issues des Grandes Heures de Jean de Berry de 1400-1410.

Sur ce sujet, voir Jean Wirth, Les marges à drôleries des manuscrits gothiques (1250-1350) et pour un aperçu de cette étude, l’excellent compte rendu d’Andrea Martignoni.


Encore un Livre d’heures… Car ils recèlent des trésors. Le Manuscrit du Maître-aux-fleurs du XVe contient de larges bordures, ou des encadrements, composés de fleurs. A chacune des 116 pages, oui. Qui varient à chaque page, oui. Restons simple.
Les marges ont toujours été un espace de liberté. On a en tête les “droleries”, petites scènes bizarres qui accompagnent des textes souvent sérieux. Ici, l’illustration n’essaie pas tant de distraire que de rendre la page belle et émouvante. Avec succès.

C’est encore cette volonté qui est perceptible dans les Grandes Heures d'Anne de Bretagne, vers 1505-1510. Les fleurs peintes de Jean Bourdichon, d’un réalisme là encore saisissant, sont accompagnées d’une légende qui les nomme. On passe doucement de l’horticulture à la botanique, et du végétal mythique, copié d’après manuscrit, au spécimen tangible, observé vivant.


Gravure mobile au XVe
02 février 2018
La xylographie est la grande princesse de la gravure jusqu’au XVIIe siècle. Elle accompagne la production de livres avec l’avantage de pouvoir être imprimée en même temps que le texte.
Seulement voilà, faire réaliser des bois gravés pour des volumes de plusieurs centaines de folios…
Alors on réemploie, voire on modifie les bois existants pour en adapter le motif.

Et aussi, on compose des illustrations à l’aide de bois « mobiles ».
Ainsi que dans ces extraits du Therence en francois prose et rime auecques le latin de 1499. Chaque image est formée de 5 parties mobiles que l’on peut assembler entre elles, défaire, réunir…


Découvertes faites à la conférence de l'Arsenal, L’illustration dans les premiers livres imprimés au XVe et XVIe siècles, de Louis Gabriel Bonicoli.


Le Moyen Age central invente des moyens graphiques pour rendre intelligible le texte dans la page.. pour parer à la densité des carolines, sans espaces entre les mots, avec moult abréviations.

L’image conquiert massivement le livre, poussée par sa fonction structurante, à laquelle s’ajoute un rôle ornemental d’une grande richesse.

La rubrication ne consiste plus seulement à colorer en rouge; l’initiale s’embellit, s’historie.

Voici un focus sur la lettre filigranée… et un peu plus, dans l’époustouflant Evangéliaire à l'usage de Paris de 1345-1350. La lettre devient rêverie, tapis persan, insecte, chromosome...


Découvertes faites à la conférence de l'Arsenal, L’image dans le livre médiéval, de Louisa Torres.


Eric Singelin
29 janvier 2018


Eric Singelin présente "Je suis l'arbre".
L’occasion d’en savoir un petit plus sur l’auteur et l’oeuvre !


Je suis l’arbre
28 janvier 2018
Je suis l’arbre est le titre d’une histoire, ou plutôt d’une autobiographie. Celle d’un arbre heureux et serein, en harmonie avec les éléments. Malgré ses racines, il côtoie le vent et les nuages. Quand soudain intervient l’homme. Et sa scie.

Eric Singelin réinvestit ainsi un sujet et un répertoire graphique qui lui sont chers, issus de ses travaux précédents.

Le texte, écrit comme une suite de haïkus, accompagne un design minimaliste imprimé dans trois couleurs pantone très vives, dont un audacieux fluo. C’est cette économie de moyen qui confère sa force poétique au conte. La beauté végétale, traduite par un dessin tout en courbes, est égratignée par l’intervention humaine constituée de lignes droites et brisées.

Les pop-ups sont conçus comme de petites sculptures. J'ai particulièrement apprécié l’apparition quasi divine du “trône-arbre” baigné dans un océan de lumière. Mais également le mouvement de chute très sensible du tronc qui tombe.

Un livre à contempler, à méditer, que j'aime un peu plus chaque fois, qui salue la résistance, la persistance et la renaissance de la nature.

Photo : Eric Singelin